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Pêche à la mouche ou PALM

Avatar de christian69
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  Lien vers ce message 26 Mars 2014, 15:10
Bonjour

Voici le récit d'une balade au fil de l'eau d'un pêcheur à la mouche en sèche.


L’approche

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Le chemin de pêche mène le pas de soliste, les feuillages tremblent à la vue du fouet et par orgueil préserve sa fragilité. Les herbes se trémoussent sous le pied, au loin le moulin enchante déjà sa joie au moulinet.
L’approche se fait avec une douceur de plume dans une tenue en harmonie avec la nature. Coiffé d’une casquette mal dressée aux froissures encore ensuquées de sudations moitiés sèches de la veille, je m’infiltre dans un opéra comme un petit rat. Cette composition marque l’apogée d’un art, en faisant danser sur la pointe des pieds, un ours se prenant pour un florentin chatouillé par l’aubépine déshabillée. Aux piquants de baisers aiguillonnés sur mes bras bien duveteux, je pince la lèvre encore humide de quelques gouttes de rosée. A la vue de belles fleurs parsemées, mon soliflore agite son filet à en faire jaunir quelques silhouettes au sablier. Le balancement s’épuise à l’attention portée, le cordage s’étire pour assurer pleines joues à la maille.

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Brouillant la verdure, quelques lames de miroir scintillent dans une teinte de délicatesse dont le calme reflète la clarté d’un ciel aux couleurs de héron cendré. Des toiles d’aranéides denses, charpentent les derniers fourrés encore endormis. Je détache quelques syllabes, chuchotant un cataclysme infernal à en faire tisser les araignées. L’entrelacement des fibrilles au contact du visage devient agréable, ce piège soyeux et amoureux ouvre la cour de l’élément commun dans un enchainement harmonieux.

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L’eau coule et écrit le silence dans le vallon où roches, graviers et verdures se laissent aller au fil du temps. Les reflets charment et rayent l’éclat du verre et font pétiller le cristal. Dans le doux murmure de la brise, quelques éphémères s’aiment, emmêlant tendrement leurs voilures et réchauffant ce printemps vert. Des ailes membraneuses dressées sèchent au vent tout en dérivant au gré de courants assoupis.



La lecture de l’eau

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D’un regard attentif, je dévore l’eau claire de la rivière pour en lire toutes les lignes. Je guette le sol à mes pieds qui, dans le calme et le silence, se noient aux miroirs naissant.

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D’une main agile, au fond de la vase des chiros serpentent les micro-organismes pour assurer la vie. Sous leur toiture de maître d’hôtel, les trichoptères veulent bruiter l’eau pour devenir imago. Le courant soutenu caresse les antennes des perles de pierres et les plécoptères aux ailes plissées exigent une eau de très grande qualité. Les phryganes jouent les reines des soirs et de grandes voilures bordent les eaux. Les portes bois travaillent pour prépare le coup du soir.

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Quelques rayons de soleil percent une brume légère et lèchent l’épais monde de verdure. De ses longues mèches l’herbage enrobe le lit et fait prendre vertige à de minuscules ailerons. La rivière s’épanouit de sourires aux multiples couleurs, ma main glisse dans la fraicheur de l’eau et se noie dans l’abîme des graviers et des sables. D’un geste magique, les fées se dévoilent dans un balai de cristaux.

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Le vent vient agiter le rideau, le choix fait le costume, l’acteur accompagne ses partenaires pour que le spectacle s’enrichisse et donne main aux eaux et nourritures.





Du lancer au ferrage


Le doigt glisse délicatement sur la longue et fine courbe vernie, la souplesse du nylon ouvre à la soie la voie d’anneaux alignés. Dans la méthode et la rigueur, toutes les baves du glissement chantent le pas aux défilés sous les colonnes moussées des premiers balcons.

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Le bal s’ouvre et évente la surface lisse, les ballets font naître un opéra, l’action est figurée par des pantomimes et des danses. Une chorégraphie mesurée ordonne le spectacle et emballe mon attention à en perdre les rayons lumineux. Les gobages guident la piste et je suis invité au spectacle.
Des vagues circulaires brisent la surface du liquide, ne laissent que monogrammes en vaguelettes animées dont la discrétion prend le dessus. Le tableau pur se fait gribouiller, les jeux animent et prennent toute la scène, un tourbillon m’envahit à en abandonner les mains aux tremblements incontrôlés.
Le fil d’Ariane lie une plume au moulinet, la poignée trouve main et d’une gestuelle magistrale le ciel s’anime aux allées et venues prolongées. Le doigté libre laisse filer la longue ligne pour en évaluer le poser. Délicatement, l’adresse joue ses cartes.

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Le bas de ligne guide sa queue de rat, la mouche sèche va et vient de manipulations, l’artiste contrôle le frottement de l’air inutile. Le lancer choisit les pas entre vertical, horizontal, roulé, double traction, court, revers et parachute suivant les obstacles et les glissades.
De ma fenêtre visuelle, je balais l’atmosphère d’un regard attentif pour donner l’ordre à un arrêt. Mon premier posé se fait trop court, à la seconde pose, la mouche est là où je voulais. L’artificielle glisse sur l’eau à l’approche d’un filet brillant, la truite très confiante sort vivement son museau pour bécoter l’appât.

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D’un petit levé de main, le ferrage s’effectue à la vitesse de l’éclair, la prise est piquée par l’hameçon sans ardillon. Elle fuse de côté vers un entre deux rochers dans un rapide courant et fait une sortie d’un saut magistral.



L’après ferrage du combat à la liberté

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Trois possibilités sont disponibles pour œuvrer à l’après ferrage, soit au moulinet, soit à la main sur soie ou les deux à la fois selon l’espèce, la maille, le poids du poisson et de sa combativité sans oublier le milieu naturel.
Sur le moulin pour de belles et grosses pièces, je joue avec la longueur de la soie à en prendre chaud et parfois j’arrive à faire respirer l’air aux rougeurs du backing. Ma gauchère dans une surprenante tiraillade, jongle instinctivement entre la musique saccadée aux coups canon de la bombe et le frein paniqué criant d’une voix tremblante et zippée. Ma canne tire révérence de ses courbes à cette visite comme des gardes à vous avant le défilé. Les enroulées déroulent souvent de grandes lignées où la peur vient réveiller l’éventuelle cassure dans le mariage de ma monture. Sous l’éclair, la rage étale toute la puissance d’un orage, les secondes arrêtent le temps sans freiner l’aiguille, le liège s’alourdit sous la moiteur épaisse de ma peau. Dans l’action, mes jeux de jambes prisent de la tenue et cherchant assurance, la passée ondule à la folie le miroir de beauté. Avec ma gueule enfarinée, je veille aux grains et comme le meunier, je surveille mes ailes d’un œil gâté.
Dans la majorité de mes corridas, les piques cornent beaucoup plus de tailles petites et moyennes. La main de soie de mon avant-bras fait vibrer l’arène, le geste toré s’active au vif du sujet. Le toron sorti de sa basse lignée baguée s’étale à pas cadencés, délimitant un territoire avalé. Le rythme perturbe les notes, comme des coups de marteau sur la corde, la touche devient de plus en plus lourde, le blanck plie et ne rompt pas du dos. Le geste brutal ne s’accorde pas, mon bas de ligne est la majeure du temps en douze centièmes pour être plus efficace et moins fragile. Au doigté de ma pince, je laisse parfois filer le vert de ma soie, les vibrations à chaque coup de bélier transmettent à mon regard une anticipation de la scène. La bête me dévoile ses directions par à-coups violents, recherchant refuge sous roches, souches, branches ou galets. De tout sens je tire ses bords, j’assouplis le tirant à m’en affaler, de cette drisse le yoyo s’écoule tantôt appliqué tantôt désordonné permettant à tout moment de basculer dans la liberté.

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J’essaie rapidement de l’emmener au déséquilibre pour qu’elle en perde la tête. Hors de l’eau, je diminue la longueur de la laisse à lui couper force et capacité de résistance. Par des tensions réflexes, je bride son trajet tout en faisant une course de haie et par des pompages successifs ainsi que tirades délicates, je gagne la soie tout en évitant la mise à l’air prolongée pour ne pas l’asphyxier. Le fil d’Ariane qui nous unit n’évite pas les chutes, le pied assure mon équilibre et le pouce celui de ma compagne de l’instant présent.
La concentration du bonhomme fréquente les extrêmes, les bras et les mains se tétanisent, le gilet devient léger car il ne me sent plus, la raquette orchestre tout en frétillant, je reste réactif à tout débordement de cette randonnée zigzagante et montante au filet. La filasse gagne l’eau, le manuel sommeille profondément, le nylon flirte avec l’anneau dominant la scène, l’instant délicat fait monter l’adrénaline. La vitesse et la rapidité n’écartent pas le plaisir qui se fait grand de voir venir une sauvage à mon encontre. La tête se courbe, la bouche grande ouverte, le corps se laisse aller de ses ailes perdues. Le menu fil, de sa valse à couper le beurre, s’étire de sa longueur à en redonner confiance aux alignements pointillés. La ligne de beauté dans son habit marbré ondule sur le miroir agité, mon regard fixe la merveille comme si j’attendais un nouveau défilé à pas cadencés.

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La mouche décore le cerclage brillant de ses lèvres tiraillées et d’un geste précis, je laisse glisser délicatement mes phalanges bientôt engluées sur les fragiles écailles délavées. La jouissance est à son apogée, de ma main tremblante, les caresses noyées ouvrent des préliminaires avec un grand respect d’admirations.
La belle refait surface, mi eau mi air, les lents mouvements s’accommodent d’un clair filet oxygéné. Les yeux vifs, l’agitation promet, elle ondule calmement sa queue à se fondre au courant de la liberté.

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(les toiles d'huile sont mes réalisations)

Christian
Message édité 1 fois, dernière édition par christian69, 26 Mars 2014, 15:13  
 
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  Lien vers ce message 28 Mars 2014, 20:34
Hello,

Superbe, merci pour ce partage. Je ne te savais si bon peintre, c'est vraiment très beau ! Quel plaisir de rester à proxmité des rivières. J'étais pêcheur en rivière dans ma jeunesse et je n'ai que de bons souvenirs. Je pense retenter l'aventure, un jour avec un petit n'enfant, qui sait :) :fsb2_yes:

Merci et n'hésite pas à en remettre une couche !


On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait où l'on va...
 
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  Lien vers ce message 16 Juillet 2014, 10:45
Salut Loîc

Je viens répondre dans ce sujet approprié à ta question sur un éventuel apprentissage de la pêche à la mouche en séche.

Mais pourquoi pas, car je joue le clown en permanence et le plaisir serait grand d'être un jour à deux :fsb2_yes: :fsb2_yes:

Tu sais la pêche à la mouche est un art, oui c'est vrai, mais c'est aussi un art de vie et avec la volonté que tu as sur ton cheval à manivelles ainsi que ton mode de vie, tu ne devrais pas avoir de difficulté pour animer le cirque des beautés.

Vivre dans une ensemble d'instrumentistes tel les nappes d'eau, les courants d'eau, les crêtes d'eau, les lisses d'eau, les pellicules d'eau, les flots d'air, les risées d'air, les boisées admiratives, les salutations des herbages, les écureuils en terrasses, les chevreuils en baignades, les serpents en rosaces, les canards aux coins, les oiseaux aux chants, les aquatiques aux fonds, les éphémères aux vols sans oublier les sublimes créatures dans des jupes pointillées de superbes couleurs.

Pour pouvoir diriger l'orchestre, il faut des connaissances de bases élémentaires que tu peux cultiver en brassant le super site de mon ami moucheur que voici:
Montotem
http://peche-mouche-seche.com/
Il y a tout ce que l'on peut rechercher ou se poser comme questions pour avancer sur la piste des spectacles fabuleux que nous offre la PALM (pêche à la mouche).
La lecture de chevet est un bon moyen d'élaguer le sujet pour avancer dans l'organisation des détails tel que: canne, moulinet, soie, BDL ou bas de ligne, pointe, hameçon, les larves en fouinant l'enthomologie, les mouches ou imitations, la raquette, divers petits outils, la tenue, les protections.
Ensuite étudier les différents lancés, faire de l'entrainement sur le gazon en hiver pour mieux maitriser les techniques.
Puis vient le moment de se rapprocher un jour du milieu, pour cotoyer la scène et commencer à observer l'ensemble et lire l'eau pour s'adapter au contexte présent.
La sèche, c'est mon unique pêche (je ne pêche pas en nymphe pas plus quand noyé) c'est à dire en surface de l'eau ou l'on pose délicatement une imitation (ou mouche), ou la concentration est à son summum et ainsi capter la montée pour suivre le défilé du poisson venir briser le miroir de l'espoir.

Passes de bons moments avec Montotem pour un jour pouvoir commencer à jouer du fouet et dessiner dans les airs. :fsb2_yes:

Tu peux aussi voir la galerie d'art dans ce site, ou avec des copains, nous ouvrons quelques toiles de notre passion.

A+ Christian
 
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